20 heures, vendredi soir, dans la rue Alpern. Tout est calme, pas un jeune dehors. Étrangement. « Il y a eu une fuite et quelqu’un est passé en voiture en criant qu’il y avait la police », commente un riverain qui raconte que d’habitude, c’est beaucoup plus agité. « Des jeunes se regroupent dans les espaces verts qui deviennent des décharges ou dans les halls d’immeubles quand il pleut jusqu’à minuit, 2 heures ou 5 heures, la musique à fond parfois. Ils font du gymkhana, des barbecues dans des chariots de supermarchés, ils ont brûlé le pont en août… »
Les jeunes en question, ce sont des mineurs et des majeurs, qui viennent d’autres quartiers de Béthune, voire de communes voisines. En août, la police nationale est intervenue et a interpellé deux individus pour état d’ébriété. Dimanche dernier, une bagarre a eu lieu, « à coups de barres métalliques. Ça pissait le sang », précise une dame.
Un récipient d’urine dans la boîte aux lettres
« Ce n’est plus vivable pour nous. » Un autre raconte que pendant ses vacances, un récipient avec de l’urine a été déposé dans sa boîte aux lettres. « Les gens commencent à avoir peur, pour eux et pour leur voiture. » C’est pour ça qu’aucun riverain, sur la vingtaine qui est descendue de son appartement vendredi soir, n’a accepté d’être pris en photo et de donner son nom. Des parents n’osent plus laisser leurs enfants jouer seuls dehors. « Ce ne sont pas des faits qui pourraient permettre à la police d’interpeller et à la justice de sanctionner mais c’est la répétition des cris, des bagarres qui finit par peser. La sécurité des gens n’est pas forcément menacée mais c’est insupportable », acquiesce le maire venleur u dire sa solidarité et qu’il ne laissera pas faire.
Quelles solutions ? « Il y a un problème d’effectifs et de moyens, reconnaît Stéphane Sain-André. Car les policiers ne peuvent pas être partout en même temps. » La police municipale effectue certes deux services de nuit dans toute la ville, mais uniquement le vendredi de 19heures à 1heures et le samedi de 19heures à 3heures.
Autre problème : la configuration des lieux et les sorties multiples, autant de chances pour les jeunes en question de prendre la fuite. « Il faudrait toutes les voitures de police pour boucher tout et les empêcher de partir. » Mais le député-maire ne baisse pas les bras. « J’ai la conviction que si on s’attaque aux racines du mal, le climat d’insécurité, on obtiendra des résultats. »
« Une opération avec des CRS, pourquoi pas »
Il prend l’exemple de New York. « Le maire a pris les choses en main. Toutes les incivilités ont été sanctionnées, y compris les crachats et de pisser sur un mur. Et la criminalité a baissé. Aujourd’hui, dans le Bronx, on peut se promener, y compris la nuit. » Le contexte et la loi ne sont pas les mêmes ici mais Stéphane Saint-André affiche une grande fermeté. « On les chassera et on fera régner l’ordre dans le quartier. » Il va donc rencontrer la sous-préfète et le commissaire pour organiser des « descentes ». « S’il faut ajouter des CRS, pourquoi pas ! Une grosse opération est tout à fait envisageable. Les maires ont la possibilité de convoquer des familles pour un rappel à la loi. Nous n’avons pas voté cette disposition mais s’il le faut, on le fera. »
Une solution pourrait-elle aussi passer par de la vidéosurveillance ? « Je suis contre la multiplication de la surveillance, soutient le député-maire. Big Brother, ce n’est pas mon truc mais j’ai découvert une solution très intelligente au congrès des maires : la vidéosurveillance mobile, celle qu’on peut déplacer. C’est en cours d’acquisition. Les endroits seront déterminés avec la police nationale et le tribunal. Car c’est très encadré. » Vendredi soir, les riverains ont pu passer une soirée calme. À quand la prochaine ?